Il est là. Il semble honteux. Je suis là. Je semble bouleversée. Il me parle d'elle, de sa pitié. Moi, je l'écoute, déjà mon ventre se noue, je ne dis rien, j'écoute. Toujours à me parler d'elle, mais aussi à parler de nous. Il semble ailleurs, il semble regrettable d'un acte comis. Je suis là, je ne bouge, je fredonne quelques questions, histoire de savoir, de m'informer de ne plus être inquiète. Je le suis. Deux semaines ... Rien de dramatique, quoi que deux semaines, c'est long tout de même! Un après-midi sans lui, une soirée sans lui, sans sa parole, sans ses gestes, sans ses sourires, sans son admiration libre envers moi. Dimanche. Il doit m'expliquer. M'expliquer, mais quoi? Je sais ce qu'il doit m'expliquer, je reste silencieuse, je suis morte, morte de peur. Il entame la conversation, ces phrases semblent être longues à venir, trop longue à mon goût. Je le sens hésiter dans ce qu'il m'écrira. Il hésite, et moi je panique. Je me suis trop longtemps solidifiée le coeur et le moral avec ce mensonge insoutenable au fond de moi. Il a elle. Je n'aie plus que moi. Moi, juste moi, non, juste moi et ma douleur. Anéantie, je le suis. Se sont mes mains qui deviennent moites, mon coeur qui court trop vite dans un endroit trop étroit pour pouvoir libérer sa haine et sa souffrance. Mes yeux, mon bleu devient noir, noir de peur, noir de colère, noir de trouille. Je l'aime. Il est déjà loin d'elle maintenant, trop loin d'elle mais beaucoup trop loin de moi aussi. Il pleure, s'excuse, s'insulte. Je pleure, je l'insulte, le laisse dans un silence plus dur et plus horrible que n'importe qu'elles injures. Faut que cela sorte, vite, je ne peux plus ... Stop ! Laisser moi respirer! Je le déteste, je l'aime ... Je ne sais plus. Je meurt, meurt de souffrance. Mon coeur saigne, il n'est pas trop tard. Mon âme déborde d'amour.

